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L’identité organisationnelle : la dimension qui manquait au commerce mondial

Le commerce numérique ne se concrétisera pas uniquement par la numérisation des documents papier. Le plus grand défi consiste à permettre à des données fiables de circuler entre les plateformes, au-delà des frontières et entre les contreparties sans devoir être vérifiées à chaque étape. Il s’agit là d’un problème d’identité organisationnelle, et c’est sa résolution qui déterminera la prochaine phase de la numérisation du commerce.


Auteur: Alexandre Kech

  • Date: 2026-07-15
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Dans le but de débloquer une croissance du commerce mondial estimée entre 30 et 40 milliards de dollars et de réduire le déficit de financement du commerce de près de 50 %, des efforts considérables en temps et en ressources sont consacrés au remplacement des documents commerciaux papier par des documents numériques.

Mais «sans papier» n’est pas synonyme de «numérique». Remplacer un connaissement papier par un fichier PDF ne numérise pas réellement un processus si quelqu’un doit ensuite ressaisir manuellement ces données dans le système suivant ou refaire une vérification préalable d’une contrepartie qu’une autre plateforme a déjà validée.

Cela signifie que le commerce numérique évolutif ne se concrétisera pas par la simple numérisation d’un plus grand nombre de documents. Il faut au contraire que les données fiables circulent de manière transparente entre les organisations, les plateformes et les juridictions. Comme le souligne un rapport de l’Initiative pour les normes numériques (DSI) de la CCI, cela nécessite une couche d’interopérabilité comprenant des normes, des protocoles et des identifiants reconnus à l’échelle mondiale.

La clé de cette couche d’interopérabilité réside dans une identité organisationnelle portable et vérifiable, qui est au commerce numérique ce que le transport par conteneurs a été au commerce physique. Le conteneur n’a pas rendu les navires plus rapides. Il a normalisé ce qui circulait entre eux, de sorte qu’un conteneur pouvait passer du camion à la grue, puis au navire et enfin aux douanes sans être déballé ni réinspecté à chaque transfert. Une identité organisationnelle de confiance remplit la même fonction pour les données : elle leur permet de circuler d’une plateforme à l’autre et au-delà des frontières, et offre aux utilisateurs la possibilité d’agir directement sur ces données sans avoir à répéter les vérifications.

Pourquoi l’identité organisationnelle interopérable était la pièce manquante

Le besoin d’identifiants organisationnels normalisés à l’échelle mondiale découle du fait que la plupart des systèmes d’identité ont été conçus pour des systèmes nationaux ou fermés. Les identifiants nationaux, les identifiants électroniques et les identifiants spécifiques à une plateforme fonctionnent bien dans leurs propres environnements, mais ne sont pas facilement reconnus au-delà des frontières ou d’une plateforme à l’autre sans accords bilatéraux sur mesure. Chaque fois que deux parties qui n’ont jamais effectué de transaction ensemble doivent établir la confiance à partir de zéro, les frictions réapparaissent.

Prenons l’exemple d’une expédition financée par une lettre de crédit. Le connaissement électronique transite par un transporteur, un transitaire, une autorité douanière, la banque de l’exportateur et celle de l’importateur. Aujourd’hui, chaque partie a tendance à vérifier à nouveau l’identité de l’autre selon ses propres critères. La banque de l’importateur vérifie l’identité de l’exportateur. La plateforme du transporteur vérifie celle du transitaire. Les douanes valident les documents par rapport à leurs propres registres. Les mêmes entités sont identifiées puis réidentifiées à presque chaque transfert, car chaque système ne fait confiance qu’à ce qu’il a lui-même vérifié. Chacune de ces vérifications constitue un point de blocage potentiel de la transaction.

À mesure que le commerce s’appuie de plus en plus sur les données, la confiance ne peut plus rester en dehors de la transaction et doit accompagner les données. C’est pourquoi l’Identifiant d’entité légale (LEI) et le LEI vérifiable (vLEI) sont de plus en plus considérés comme une infrastructure fondamentale. Le LEI est un identifiant mondialement reconnu de l’entité légale à l’origine d’une transaction ; il est déjà intégré dans les déclarations réglementaires de plus de 100 juridictions, ce qui en fait un point de référence commun pour les institutions de différents pays. Le vLEI étend cette fonctionnalité aux interactions numériques, permettant aux contreparties de vérifier de manière automatisée l’identité, l’autorité et le rôle des personnes agissant au nom d’une organisation, tout en fournissant une base pour des cas d’utilisation émergents tels que les agents d’IA.

Revenons maintenant au scénario précédent et dotons chaque organisation d’une identité vérifiable qui accompagne les données. Le transitaire n’a pas besoin de vérifier à nouveau l’identité de la banque émettrice, car l’identité de la banque et l’autorité de la personne ou de l’agent ayant signé en son nom peuvent être vérifiées directement par rapport à une racine de confiance commune. Les données restent à leur source. Toutes les autres parties autorisées peuvent alors y accéder et les vérifier sur place, plutôt que de les ressaisir ou de répéter les vérifications qui les sous-tendent. Il en résulte une réduction des contrôles manuels et des rapprochements, ainsi qu’une libération plus rapide tant des marchandises que du financement.

C’est la confiance qui transforme la numérisation en automatisation

Si l’identité organisationnelle est si puissante, c’est qu’elle fournit la confiance sous-jacente qui fait le lien entre la numérisation et l’automatisation, là où résident les véritables avantages du commerce numérique. Les données structurées indiquent à un système ce qui se passe. L’identité lui indique qui agit et si cette action est digne de confiance.

Sans identité fiable, chaque processus nécessite toujours une intervention manuelle, une validation et un rapprochement. Grâce à elle, les systèmes peuvent agir avec bien plus d’assurance. Par exemple, plus vite une instruction entrante peut être considérée comme fiable, plus vite les liquidités sont débloquées et plus le fonds de roulement gagne en efficacité. À l’inverse, une instruction dont la source ne peut être vérifiée doit être contrôlée manuellement, ce qui entraîne un effet domino de retards. C’est la même logique qui régit depuis longtemps la messagerie sécurisée dans le domaine des paiements, et qui s’applique désormais au commerce.

Cela constitue un enseignement immédiat et concret pour toute personne en charge des opérations de marché au sein d’une banque ou d’une plateforme. La première question à se poser est de savoir à quel moment, dans les flux existants, les mêmes organisations sont à nouveau vérifiées après avoir déjà été intégrées, et ce qu’il faudrait pour utiliser une identité vérifiable au lieu de répéter ce travail. Pour les entreprises qui détiennent déjà un LEI, la question est de savoir si celui-ci est utilisé à d’autres fins que la déclaration réglementaire. Les normes évoluent, et l’avantage reviendra aux participants prêts à utiliser une identité portable lorsque leurs contreparties commenceront à la présenter.

Pourquoi une coordination accrue est la clé pour débloquer le commerce numérique mondial
Étant donné que les outils existent et que les incitations économiques sont convaincantes, la question qui se pose naturellement est de savoir pourquoi l’identité portable n’est pas déjà la norme dans les écosystèmes commerciaux mondiaux. C’est ce qui a servi de point de départ au document de l’Initiative pour les normes numériques (DSI) de la CCI, qui a tracé une feuille de route pour l’interopérabilité et la confiance au sein de l’écosystème commercial et a identifié les progrès inégaux et les priorités divergentes entre les différentes parties comme un facteur limitant majeur.

Plusieurs raisons expliquent ce manque d’alignement. Certaines plateformes restent fermées et considèrent l’interopérabilité comme une menace concurrentielle plutôt que comme un atout à exploiter, car leur avantage actuel réside dans le fait de retenir les participants au sein de leur propre écosystème. Il existe également une appréhension réelle – et compréhensible – à l’idée de transférer la confiance d’un réseau à l’autre, car s’appuyer sur une vérification effectuée par un tiers nécessite une grande confiance dans la manière dont elle a été réalisée. Enfin, de nombreuses micro, petites et moyennes entreprises (MPME), en particulier sur les marchés émergents, ne disposent pas des ressources nécessaires pour investir dans de nouvelles infrastructures, contrairement aux grandes entreprises qui sont en mesure de gérer cette complexité.

Tous ces problèmes peuvent être résolus grâce à une mise en œuvre mieux coordonnée. Il existe des feuilles de route claires pour aider à aligner les décideurs politiques et les praticiens, rendre la confiance réutilisable plutôt que de devoir la recréer, et réduire le coût de participation pour les plus petits acteurs. Par exemple, les travaux de la GLEIF visant à rendre l’identité organisationnelle plus accessible au niveau des MPME répondent directement à ce dernier défi.

Comprendre la nécessité d’une identité organisationnelle fiable pour le commerce mondial

« Le commerce numérique ne se développe pas grâce à la seule numérisation. Il ne se développe que lorsque la confiance, les données et la valeur peuvent circuler à travers les réseaux aussi naturellement que les marchandises traversent les frontières. » Tel était le principal enseignement de ma dernière conversation « Trust Talks » avec Avanee Gokhale, responsable des analyses sectorielles et directrice mondiale du commerce chez Swift, ainsi que vice-présidente du comité consultatif sectoriel de l’Initiative pour les normes numériques (DSI) de la CCI.

Nous avons discuté des raisons pour lesquelles l’interopérabilité, plutôt que la numérisation, constitue le véritable défi ; de la manière dont un modèle « vérifier une fois, utiliser plusieurs fois » permet de réutiliser la confiance à travers l’écosystème ; des obstacles réels qui se dressent sur la voie ; et des raisons pour lesquelles une identité organisationnelle portable est la couche qui rend possible le commerce fondé sur les données.

Écoutez l’intégralité de l’entretien « Trust Talks » avec Avanee Gokhale pour mieux comprendre comment l’identité évolue au cours d’une véritable transaction commerciale, ce qu’un réseau de réseaux exige de l’infrastructure d’identité, et ce que signifiera le principe « Know Your Agent » (Connaissez votre agent) à l’heure où l’IA fait son entrée dans le commerce. « Trust Talks » est disponible sur YouTube, Spotify et Apple Podcasts : linktr.ee/TrustTalks.

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À propos de l’auteur:

Alexandre Kech est PDG de la Global Legal Entity Identifier Foundation (GLEIF).

Avant de rejoindre la GLEIF, Alexandre Kech était responsable des titres numériques chez SIX Digital Exchange. Membre du comité de direction, Alex assumait pleinement sa responsabilité exécutive du secteur des titres numériques, y compris la gestion des ventes et des relations, le développement de produits, la conception d'entreprises et l'expansion de l'écosystème.

Au cours des 25 dernières années, Alex a tracé une carrière unique alliant la finance chez BNY Mellon, l'infrastructure et les normes de paiement/titres chez SWIFT, ainsi que la blockchain et les actifs numériques chez Onchain Custodian (ONC) et, plus récemment Citi, Ventures. Cofondateur et PDG d'ONC, Alex a dirigé l'équipe implantée à Singapour et à Shanghai, laquelle a créé de toutes pièces un service de garde et de courtage principal pour les cryptomonnaies et autres actifs numériques. Directeur Blockchain et Digital Asset chez Citi Ventures, il a constitué une équipe pour impliquer l'écosystème européen aux applications émergentes des technologies blockchain et des actifs numériques.

Alex participe aussi à des projets industriels et de normalisation. En tant que coordinateur de l'ISO TC 68 / SC8 / WG3, qui a produit le Digital Token Identifier (DTI) ISO 24165, il est membre du comité consultatif des produits de la Fondation DTI. Récemment, il a aussi été coprésident du groupe de travail sur la garde de Global Digital Finance (gdf.io).

Alex a obtenu une licence en traduction et un Executive MBA de la Quantic School of Business and Technology tout en créant Onchain Custodian, pour appliquer la théorie en temps réel.


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